Comment fait-on, nous, organisations de la société civile, pour assurer un suivi des projets de développement et de la prestation des services de base auprès de nos communautés avec si peu d’information?, questionne un représentant de la société civile béninoise tout en montrant la carte ci-dessous contenant les informations recueillies par son organisation.

Aujourd’hui, il y a encore trop peu d’informations détaillées, fiables et facilement accessibles en temps réel sur les activités de développement de tous les grands bailleurs de fonds. Au Bénin, en Mai 2015, près de 2,5 milliards de FCFA d’un programme d’aide bilatérale néerlandais d’accès à l’eau potable géré par le ministère de l’énergie et l’eau a ‘disparu’.

Map – E.Dufief – Cotonou – 2017

A l’été 2017, un surprenant non-lieu a été prononcé laissant sans réponses des questions essentielles : à quoi ont réellement servi les fonds affectés à ce programme? Qui a pris part aux activités et pris ces décisions? Quelles conséquences en matière d’accès à l’eau pour la population locale?

Pourtant, sur la scène internationale, la transparence fait désormais partie des agendas internationaux et nationaux. Les sources d’information sur les activités d’aide au développement se sont multipliées depuis quelques années. En conséquence, de plus en plus de données sur les fonds publics sont mises à disposition des gouvernements, organisations de la société civile et citoyens.

Mais alors qu’advient-il de toute cette information une fois mise en ligne? Quels usages peuvent en être faits et par qui? Y a-t-il un impact sur le développement des pays en question et la promotion de la redevabilité des acteurs publics? Ce sont ces qui ont motivé en partie l’étude que nous publions ce mois-ci sur l’usage des données ouvertes pour le développement au Bénin et en Tanzanie.

Des entretiens menés auprès de représentants de la société civile, des gouvernements et des bailleurs de fonds, cinq points principaux sont à retenir et à approfondir.

  1. Il existe un besoin avéré et répété pour plus d’informations de qualité sur le financement de l’aide et du développement. Cela concerne à la fois les bailleurs de fonds entre eux, les acteurs du gouvernement ainsi que ceux de la société civile. Au-delà des informations basiques, un intérêt tout particulier est porté aux données budgétaires mais aussi à ce qui permet d’assurer un suivi de la mise en œuvre des projets sur le terrain.
  2. Les initiatives internationales sur la transparence menées par les bailleurs de fonds ne correspondent pas forcément aux objectifs et besoins des pays partenaires. Dans le cadre du Bénin, cela se traduit par un abandon de l’intérêt pour le PGO par exemple au profit d’une restructuration des partenariats internationaux autour des objectifs du PAG.
  3. La mise en œuvre des activités de développement et coopération ainsi que la production des données sur ces activités est toujours plus fragmentée. Toujours plus d’acteurs divers, de flux financiers variés et tout autant de dynamiques socio-politiques complexes qui rendent les efforts de coordination et mise en œuvre des politiques de transparence parfois difficiles.
  4. Un manque de confiance dans les données ouvertes existantes et dans leurs usages potentiels représente une entrave à leur utilisation comme un outil de redevabilité. Encore trop peu d’acteurs sont au fait des sources d’informations existantes et de la manière dont elles sont collectées, vérifiées, publiées et utilisées.
  5. La publication des données doit s’accompagner d’une prise de responsabilité.

Prendre ses responsabilités, c’est notamment aller au-delà de la simple publication de données. C’est identifier des besoins et surtout rendre l’information véritablement accessible aux acteurs nationaux et locaux. A qui doit-on s’adresser pour compléter la carte mentionnée ci-dessus par exemple et discuter des avancées ou ajustements nécessaires afin d’anticiper le suivi et peut-être éviter le prochain scandale?

La mise en place d’espaces de dialogue et mécanismes d’échange, y compris en personne, est essentielle afin que des questions puissent être posées, des réponses fournies mais également des actes pris. Tout cela dans l’objectif de promouvoir la redevabilité des acteurs publics auprès des citoyens et contribuer à l’amélioration des résultats des projets de développement sur le long terme.

Sur la base de ces travaux, Publish What You Fund s’engage à approfondir avec les partenaires les questions de transparence de l’aide et de redevabilité et continuera le dialogue autour de la formulation et mise en place de ces responsabilités. N’hésitez pas à nous envoyer vos commentaires, questions ou exemples, vos retours et votre expérience nous intéressent!

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